65 – dans la matière

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Et nous dérivions longtemps dans la matière
à la limite
nous gagnâmes parfois une montre
un livre
un souvenir
notre condescendance faisait un peu pitié
nous nous aimâmes quelquefois
édifiant l’un à l’autre un spectre de cristal avant de nous briser
et répandre sur les nappes
d’épaisses tâches noires
puis nous nous enfoncions dans un rêve
d’enfant, d’âme sœur
et l’idée s’estompait
la radio annonçait la neige
nous descendions des autoroutes impassibles
dans la nuit desquelles
les longues jambes lacérées du paysage
rougissaient

 
et nous dérivions longtemps dans la matière

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52 – la vie devenue

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La vie devenue
ce balancement entre
t’organiser pour gagner du temps
et
ne pas passer TOUT ton temps à t’organiser
finit par sécher
mûrir au soleil
produire un genre de vin cuit
dont raffoleraient peut-être
tes grandes-tantes décédées imperturbables dans l’amour de Dieu
un sirop soûlant
à l’odeur rance
pelure suave
un truc ultra-rapide
en moins de deux heures t’es à Paris
tu te demandes pourquoi
toi qui attendait
simplement le passage d’un cirque
pour prendre forme

47 – lever les pieds

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légèrement ivre
plus facilement les larmes
portées par le sang
se véhiculent dans l’âme
moi je regarde
un type qui balaie
je pense à son clown
je décompose lui gosse
et ce qui m’arrive
d’être sur le banc
dans la rue
commence à tourner
centrifuge les éléments de mon existence
cette bouillie de souvenirs et d’illusions
se déborde salement au médian
du nombril
me plie
ce n’est pas comme pleurer
mais des images d’aïeux et d’aïeules
pleuvent
accablantes
et je retombe
amoureux
du balayeur
au mégot
qui me dit de lever les pieds
je pense en équilibre
que cette fois je vais pleurer

Au large
au loin
au long
à l’aise
à l’heure
à l’eau
en terre
en tas
en trou
au large ici
au loin devant
toi
au présent

33 – périmètre aérien

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le plastique le béton le goudron le pétrole le mercure la lessive le plomb l’uranium le formol le bisphénol le cyanure le PCB le DDT l’ammoniac l’aluminium l’arsenic le souffre le phosphate les nitrates l’amour

l’amour l’espoir la conjoncture les eaux usées les eaux grises les eaux noires les boues rouges la pluie acide les typhons les tempêtes la rédemption, le pardon, le désarroi

le désarroi les farines animales l’huile de morts l’huile des morts les sols stériles la Genèse la mémoire

la mémoire le plastique le béton le goudron l’érosion la déforestation les radiations l’extinction l’amour le pouvoir le cimetière municipal

le cimetière municipal le plastique le béton le goudron et maintenant
le passage d’un avion

28 – Via Zamboni

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Via Zamboni
ils parlaient une langue d’une rapidité invraisemblable
j’étais malade de jalousie
tu venais de racheter ton vélo bleu
volé la veille
et devenu rouge durant la nuit
cette langue traversait à toute vitesse
le champ des possibles
ce n’est pas qu’ils parlaient vite
non, c’était la langue elle-même
qui saisissait la voix
et propulsait la matière
comme une foudre
Cahotant sur son porte-bagage
le cul talé
moi je bafouillais tout juste
la langue de ma mère
via Zamboni
je savais
que je ne pourrais jamais suivre
cette langue
capable
de se passer des mots
capable
de transformer des bicyclettes en Ferrari
une langue faite pour foncer
sur les rues pavés
sans s’écorcher aux tessons éclatés
du temps
perdu
j’étais malade de jalousie
et la tête pleine de médicaments
c’était il y a longtemps
au Sud des âges
sous les arcades