Galerie des déplacements brefs

sat4

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Les supermarchés devinrent plus que jamais ces lieux de perdition. Il fut sur le point, un jour, d’acheter un livre au Carrefour Market. Peut-être un bon livre, ou un mauvais. Ou une essoreuse à salade. Il avança la main vers le rayon. Par chance, un soubresaut infime de pensée critique, doucement pulsé par la radio diffusant « ma liberté de pensée », l’en prémunit. Pour combien de temps encore ? pensa-t-il. Pour combien de temps ? C’était la question, métaphysique et triviale, qui serrait toutes les gorges.

 

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sat1 (2)

 

 

Réouverture
incertaine
de la chasse au rêve
dans les périphéries dérogatoires

sat2

 

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Vers la fin du second millénaire, la modernité surgit au milieu du terrain

de boule : elle renversa les joueurs, arracha le cochonnet et disparut à l’horizon.

 

 

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sat3 (2)

 

 

 

J’écris rien, lis rien, regarde rien : pas la moindre fleur du jardin.
Il faudrait du temps. J’ai pas « besoin de temps » au sens où déployer une tension ou une pensée quelconques. Le temps de la crise est un temps à nouveau dérobé, escroquerie : le temps du spectacle de la crise, entaché de honte.
Il faudrait une qualité de temps soustraite aux accélérations et ralentissements qui nous traversent. Quelque chose qui nous relie à une absence très profonde. Et limpide. Il faudrait s’arrêter sans être vu.
Cesser de rien dépenser : ni argent, ni énergie, ni intelligence.
La meilleure qualité de temps serait de trois heures, de quinze siècles, sans mesure.
Il faudrait une qualité de temps sans soi-même.

Je suppose que dormir est un préalable de notre survie. Beaucoup dormir alors : il faudrait être présent sans bouger à l’intérieur de notre sommeil. Ou filmer entièrement nos corps qui dorment et consacrer nos jours à les regarder dormant.
Il faudrait ne pas chercher un point où nous retrouver. Laisser tourner.
Tout juste disposons nous d’une qualité de temps permettant d’apprécier ce qui nous manque.
J’imagine un poème incrusté dans cet étirement.
Une circulation lente et fluide, comme autour d’une mégapole. À double sens et 4 x 2 voies. Périphérique vraiment loin du centre. Laissant imaginer comment le temps tombe, se replie, renonce dans la distance à ce centre, ce centre oublié.