71- nos revendications

 

 

La guerre des chiffres est terminée.
Lumière a été faite.Ils ont eux-même simplifié leur programme et  nous ne sommes pas aveugles  : servir les forts, affaiblir les faibles.
Nous n’exigeons pas qu’ils tentent de rien réparer. C’est trop tard.
Nous ne voulons pas 1 pourcent de moins, ou plus, ou 10 ou 30 ou cent pourcents.
Nous exigeons ceci: que les uns et les autres s’humilient devant ceux qu’ils ont humilié. Nous demandons rien moins qu’une rigoureuse charité.
Devant ceux qu’ils nomment « petits », chiens d’humains comme eux portant carcasse d’os, nous exigeons qu’ils rampent.
Nous exigeons qu’ils viennent se désaltérer à leurs plaies purulentes, qu’ils s’abouchent à leur ombre et leurs angles, qu’ils replacent dans leurs trous les yeux qu’ils ont pris. Comme eux statues labiles de poussières mortes provisoirement parlantes et copulantes, nous exigeons qu’ils se déclarent conformes au vide excrémentiel où résonne tout mot articulé.
Qu’ils s agenouillent aux péages autoroutiers et soient lardés de cartes à puce jusqu’à ce que leur intestin recèle autant de plastique que le fond des océans.
Nous exigeons qu’ils s’excusent absolument, qu’ils se renient, à ce prix peut-être un rayon de honte s’éteindrait.
Nous voulons qu’ils se taisent et qu’ils promènent leur fardeau de phrases venimeuses au bout de leurs bras comme une couronne barbelée de Dunkerque à Beauvais,de Montargis à Châteauroux, de Guéret à Roanne, et d’Yssoire à Carmaux, et d’Agen à Lannemezan, aller et retour, agenouillés, tournant mille fois autour de chaque rond-point, léchant la sueur des ouvriers et des ouvrières, léchant la sueur des infirmiers et des infirmières – léchant les larmes des enfants migrants, léchant la bave des vieillards des hospices, léchant l’âme liquide des inutiles dépourvus d’emploi, ravalant enfin toute la lie, toute la laideur publicitaire, toute la pédagogie glyphosatée, toute l’héréditaire malédiction de régnants qu’ils ont répandu dans leur œuvre de corruption.
Nous souhaitons qu’ils brûlent le tas de bois morts sur lequel ils se rehaussent pour parler et qu’ils nomment leur savoir.
Qu’ils donnent aussi toute confiance.
Tout reliquat d’humanité en eux.
Qu’ils donnent où ils ont pris.
Nous exigeons qu’ils sucent la haine perfusée dans le corps de leur police. Sa détestation d’elle-même.
Qu’ils épongent l’infinie perversion versé au coeur lentement, année après année, pour s’aliéner les vices, les passions, les désirs inassouvis et en faire leur lanceur de grenade, leur bouclier noir, leur quatorze juillet.
Nous exigeons qu’ils portent plus haut, encore plus haut, notre colère pour combler cette fosse sur nos écrans et lui fixer un soleil radieux.
Nous exigeons qu’ils s’abaissent.
En marchepieds pour les sans jambes.
En paillassons pour les crottés. Qu’ils s’annulent. Qu’ils se liquéfient. En purée pour les sans-dents.
Nous n’exigeons pas qu’ils règlent aucun problème.
Nous exigeons qu’ils se rendent à leur condition, chiens d’humains portant carcasse d’os. Nous exigeons qu’ils se rendent à leur dignité.
Nous exigeons qu’ils repassent d’où ils sont venus, par le trou d’un ventre en sang, qu’ils regardent à nouveau la lumière avec des yeux d’hommes.
Nous exigeons qu’ils nous rendent le temps gâché. De minuit à 8h et de 8h à 16h et de 16h à minuit dans leurs impasses salariales. Qu’ils nous reportent en arrière. Qu’ils restituent la vie, toute la vie gâchée à mains nues.
Nous exigeons qu’ils se défassent de toute volonté et rendent l’aumône de vie.
Qu’ils restituent le temps, la texture juste de la lumière. Pas cette aube morte du métro. Un soleil radieux de vacance.
Qu’ils restituent à tous la grande vacance, la vacance infinie d’avant-hier.
Qu’ils rendent le grand jour, immédiatement, et les années perdues.
Et la vie déshonorée.
Nous exigeons qu’ils fertilisent ce monde à sec.
Nous exigeons qu’ils fondent dans le réchauffé climatique de cette fin du monde, qu’ils fondent par humilité, et tempèrent en devenant la pluie ce terrain vague aride.
Nous exigeons qu’ils se transforment en herbe grasse, en feuilles, en arbre, en ombres. Nous exigeons de déambuler parmi leur silence revenu, dans leur fraîcheur, dans leur humilité faite fleur.
Nous exigeons qu’ils rendent possible, un avenir quelconque, un avenir fade, qu’ils ouvrent un jardin banal. Nous exigeons qu’ils soient une terre meuble, le silence généreux d’une terre meuble. Un trou de terre dans la ville.
Pas une fête, juste un matin de plus. Nous exigeons qu’ils perdent pied pour que le chaos soit vivable, un matin de plus.
Un trou de terre dans la ville.
Pas une fête, juste un matin de plus.

 

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