22 – sur la langue d’enrobé terminale (1)

sitôt découvert le pétrole
les hommes inventèrent le boucan
camions pompiers motos marteaux
aspirateurs à égouts
chaque matin ils découvraient une nouvelle manière
de me disloquer l’entendement
je commençais à croire en la réincarnation
pour aucune raison mystique :
seulement je n’en revenais pas
de traîner mon corps
au milieu des immeubles tout droits
je n’en revenais pas de marcher
tout le jour sur du goudron
sans en jamais voir le bout
sans jamais parvenir à la langue d’enrobé terminale
celle qui s’échoue dessus la terre
la bonne vieille terre
où tout finit et recommence

et je marchais ainsi sans cesse
sans parvenir à rien
si ce n’est, un jour, à mettre la main
sur les clefs d’une ford fiesta blanche
maculée de chiure de pigeon

et maintenant je roule
je roule encore
produisant moi-même
ce bruit
qui m’éloigne
dans une sorte de nuit
sans rives
sans bords
sans lois
sans vie
je roule
ma mère à mes côtés
femme et enfants à l’arrière
et tout autour
tout autour
dans la nuit qui s’écarte
une foule d’aïeux triste m’encourage
des fantômes de quatre
cinquante
cinquante mille ans

nous allons ensemble au terme du bitume
découvrir notre terre
notre terre qui est aux cieux
qui tourne
quelque part
si elle existe

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