20 – quelque chose de beau

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j’avais rêvé de quelque chose de beau
et au réveil
je regardai mes mains
mes pauvres mains

cette belle chose dans mon rêve c’était quelque chose de lisse
de simple
d’extraordinairement délicat
quelque chose où trouver refuge
sans fuir
une chose à porter sur soi
et qui cependant
me porterait sur elle

maintenant que j’avais rêvé d’elle
cette chose me manquait
cruellement elle faisait défaut
alors
j’ai cherché

j’ai commencé par fouiller les tiroirs
les armoires
j’ai retourné les tapis, les draps, les cadres
j’ai tout jeté en tas
j’ai jeté mes livres au centre du salon
et le cendrier sur les livres
j’ai vidé les bouteilles du bar
les plumes des coussins
j’ai fait pencher ce qui tenait droit
puisque cette chose s’était perdu
pour la trouver
je suis sorti me perdre

j’ai marché
j’ai visité des pharmacies, des hypermarchés, de musée
j’ai questionné des hommes des femmes
et des bornes à incendie
j’ai fait les vitrines
les commissariats, les petits boulots
les grands
j’ai parlé j’ai nagé
j’ai tenté de vivre vieux
puis j’ai tenté de mourir vite
j’ai pratiqué les beaux-arts
j’ai roulé à l’horizon
j’ai embrassé des religions
j’ai embrassé des hommes
des femmes, des bornes incendies
vidé des bibliothèques
vidé des fleuves
des villes
j’ai couché des soleils levants
j’ai tout vidé par terre
je n’ai rien trouvé qui ressemblât au rêve
alors
j’ai décidé de changer

j’ai changé
j’ai changé

je me suis trahi
je suis redevenu moi-même
je me suis trahi
je me suis altéré

je suis devenu un autre
je me suis déformé, recadré, filtré
j’ai recueilli un peu de pâte
et me suis modelé
je ne ressemblais plus à rien

j’étais moi-même
ou l’inverse

et je suis rentré
il faisait gris
un sale jour de novembre
des insectes grignotaient l’appartement
je n’avais fait que tomber
et le rêve
frappait encore plus fort
plus sourdement dans ma poitrine
il avait creusé une immense galerie
et il creusait encore
dans ce vide un tunnel
et je ne voyais rien
rien que la nuit
et j’avais peur
et faim
et je ne savais pas
comment reprendre ma route
car je n’étais nulle part
le rêve m’avait expulsé
j’étais sorti de son ventre
et dans le mien ce vide
ce manquement
où je trébuchais encore
de débris en débris
la beauté manquante
continuait
sans fin
il faisait froid
dans son sillage
et chez moi
au fond de moi
tout au fond
je ne cessai plus jamais de me perdre

dans mon rêve c’était quelque chose de lisse
de simple

quelque chose où trouver refuge
sans fuir
une chose à porter sur soi
et qui cependant
me porterait sur elle

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